De Nollywood à Netflix : l'ascension de la réalisatrice Genevieve Nnaji

La star et réalisatrice nigériane Genevieve Nnaji a déjà montré qu'elle est une force avec laquelle il faut compter. "Lionheart", son film diffusé par la société américaine Netflix, a été retiré au début de ce mois de la catégorie des meilleurs longs métrages internationaux de l'académie des Oscars du cinéma.

Mais cette décision des jurés du cinéma mondial n'est pas de nature à doucher les ambitions de Genevieve Nnaji.

Cette femme de 40 ans a été actrice dans plus de 80 films au cours des deux dernières décennies. Ses débuts dans le cinéma ont coïncidé avec la croissance exponentielle en Afrique de Nollywood, l'industrie cinématographique nigériane.

Pourtant, Genevieve Nnaji a connu un revers majeur en 2004 lorsque son nom a été mis sur une liste noire par un puissant cartel de studios de cinéma au Nigeria. Sur la liste figurait aussi les noms d'illustres cinéastes nigérians.

"Plus de pleurs, plus de bagarres, plus de larmes"

Les studios de cinéma installés dans les centres commerciaux de Lagos, la capitale du Nigeria, et d'Onitsha, ville située dans le sud-est du pays, ont largement financé Nollywood dans les années 1990 et au début des années 2000.

"On a donné des fonds aux producteurs et on leur a dit qui embaucher", explique Vining Ogu, journaliste au service de langue igbo de la BBC et ancien producteur de films basé dans la ville d'Asaba, dans le sud du pays.

Les films de Nollywood, une entreprise de plusieurs milliards de dollars, sont populaires dans toute l'Afrique.

N'ayant pas le courage de contester les studios de Nollywood, Nnanji s'est retrouvée sans emploi et a décidé de se lancer dans la musique en sortant un album intitulé "One Logologo Line".

De cet album, on se souvient surtout du titre "No More", une chanson d'amour dont les paroles peuvent être considérées comme la métaphore de sa carrière : "Plus de pleurs, plus de bagarres, plus de larmes, plus de pouvoir, plus de liberté."

Selon le scénariste et réalisateur Ishaya Bako, la suspension dont certains cinéastes ont été l'objet en figurant sur une liste noire a été le déclic de leur ascension. Cette interdiction marquait la naissance de producteurs indépendants au Nigeria.

"Dans les studios, il y a eu du mauvais, mais il y a eu du bon", dit Bako, qui a travaillé avec Nnaji en 2015 - quand elle faisait ses débuts dans la production.

"Elle s'est rendu compte qu'il y avait de la vie derrière la caméra", dit-il.

"Un grand succès"

Genevieve Nnaji a commencé par jouer comme une enfant de huit ans, un feuilleton télévisé intitulé "Ripples".

Sa carrière à Nollywood a vraiment décollé quand elle avait 19 ans et jouait l'une des quatre voleuses à main armée du film "Most Wanted", se faisant passer pour des hommes.

Au début de sa carrière, Genevieve Nnaji a apporté beauté et adaptabilité à ses rôles, maintenant elle apporte l'élégance à l'écran, selon le critique de cinéma Oris Aigbokhaevbolo.

Le réalisateur Adim Williams dit avoir profité de "son ascension vers la gloire" lorsqu'il l'a choisie en 2002 pour le rôle de la femme qui flirte. "Dans sa jeunesse, elle s'appelait Sharon Stone. J'ai écrit et réalisé le film, qui a connu un grand succès et est devenu une sorte d'identité pour elle", se souvient Adim Williams.

 

Il décrit Nnaji comme quelqu'un de "très intelligente" et dit que la jeune réalisatrice avait l'air d'avoir été "préparée à la célébrité", lorsqu'il l'a rencontrée pour la première fois.

Elle était une "fille sympathique, belle, aimable", se rappelle Williams.

"Un esprit de gagnante"

Son éducation a peut-être contribué à façonner certains de ses rôles à l'écran.

Elle a grandi dans la grouillante ville de Lagos, dans une maison de classe moyenne - son père était ingénieur, sa mère enseignante.

L'acteur Richard Mofe Damijo, qui a joué plusieurs fois avec elle, dit qu'elle a un talent naturel à l'écran. "Elle était et est toujours l'une de nos reines. Elle vient toujours à la fête avec un esprit de gagnante", a déclaré Damijo à la BBC.

En 2011, le gouvernement nigérian lui a décerné un prix pour sa contribution à l'industrie cinématographique.

Lorsqu'en 2018, Netflix a annoncé qu'elle acquérait les droits de "Lionheart", son premier film, la société américaine a été perçue comme un coup de pouce pour l'industrie cinématographique du Nigeria.

Nollywood est une entreprise de plusieurs milliards de dollars, mais avec des délais d'exécution courts. Peu d'attention est accordée aux détails techniques et à la narration.

Avec un budget de production moyen de 15 000 à 70 000 dollars, la plupart des films sont tournés en un mois.

L'acteur Nkem Owoh, populaire pour ses comédies, a gardé la tête sur les épaules quand il a joué aux côtés de Nnaji dans "Lionheart".

Kenneth Gyang, un producteur indépendant basé dans la ville de Jos, dans le nord du Nigeria, déclare que l'accord de Genevieve Nnaji avec Netflix "a ouvert la possibilité que l'argent puisse provenir d'autres sources".

"Netflix a un contrôle de qualité très élevé. Maintenant, ils (les producteurs) savent que s'il s'agit d'un très bon film, ils peuvent le vendre (...) et gagner plus d'argent", a déclaré Gyang à la BBC.

"Nous n'avons pas choisi celui qui nous a colonisés"

Le critique de cinéma Oris Aigbokhaevbolo estime que l'accord de Netflix avec Genevieve Nnaji montre aux autres cinéastes que les bons films peuvent encore être rentables.

Lorsque "Lionheart" a été nominé aux Oscars, Nnaji l'a décrit comme "un moment charnière dans l'histoire du cinéma nigérian".

Cependant, les films de la meilleure catégorie des longs métrages internationaux doivent avoir "une piste de dialogue majoritairement non anglophone".

"Lionheart", dans lequel Nnaji joue également, est pour une grande partie en anglais, avec une séquence de 11 minutes en igbo - la cause de son rejet par les jurés des Oscars.

Sur Twitter, Nnaji a répondu à l'académie des Oscars, basée à Beverly Hills (Californie, aux Etats-Unis) : "Nous n'avons pas choisi celui qui nous a colonisés."

Certains professionnels du cinéma pensent que la décision du jury des Oscars pourrait être un tournant décisif pour la production de films en langue locale au Nigeria.

"Nollywood a montré son obsession pour le changement. Genevieve Nnaji et les autres en seront peut-être le fer de lance", dit M. Aigbokhaevbolo. Il est possible donc que ce rejet ouvre un nouveau chapitre pour la réalisatrice, et pour Nollywood.