Grossesse et excès de salive : le phénomène que personne n'ose vraiment expliquer
Elles sont nombreuses à en parler à voix basse, parfois avec gêne, parfois avec humour. Ces femmes enceintes qui se retrouvent soudainement à produire une quantité de salive si importante qu'elles ne peuvent plus l'avaler et doivent la cracher régulièrement. Un phénomène peu glamour, souvent tabou, mais pourtant bien réel et médicalement reconnu. Voici enfin les explications que personne ne vous donne vraiment.
Un nom médical qui rassure
Ce phénomène s'appelle le ptyalisme gravidique, ou hypersalivation de grossesse. Il touche environ 2 % des femmes enceintes, même si beaucoup pensent que ce chiffre est sous-estimé, de nombreuses femmes n'en parlant jamais à leur médecin par pudeur. Il survient le plus souvent au cours du premier trimestre, parfois dès les premières semaines, et peut persister jusqu'à l'accouchement dans les cas les plus sévères.
Concrètement, la femme produit une quantité anormalement élevée de salive, parfois jusqu'à deux litres par jour, qu'elle ne parvient pas à avaler naturellement. Elle est alors contrainte de la cracher régulièrement, ce qui peut devenir épuisant, embarrassant et socialement difficile à vivre.
Pourquoi cela arrive-t-il ?
Les causes exactes du ptyalisme gravidique ne sont pas encore totalement élucidées par la science, mais plusieurs facteurs sont avancés par les spécialistes.
Les bouleversements hormonaux sont la première piste. Les taux d'œstrogènes et de progestérone qui explosent en début de grossesse agissent directement sur les glandes salivaires et stimulent leur production de façon excessive.
Les nausées jouent également un rôle important. Les femmes qui souffrent de nausées gravidiques ont tendance à moins avaler leur salive pour éviter de déclencher des vomissements. Cette accumulation de salive dans la bouche donne alors la sensation d'en produire davantage, même si ce n'est pas toujours le cas.
La sensibilité accrue à certaines odeurs et saveurs en début de grossesse peut aussi stimuler de façon réflexe les glandes salivaires, comme cela se produit naturellement lorsqu'on sent un plat appétissant.
Enfin, certaines femmes présentent une sensibilité particulière aux modifications hormonales de la grossesse, ce qui expliquerait pourquoi toutes ne sont pas concernées.
Comment le vivre au quotidien ?
Le ptyalisme gravidique n'est pas dangereux pour le bébé ni pour la mère. Mais il peut sérieusement affecter la qualité de vie. La fatigue liée au fait de cracher en permanence, la déshydratation si la femme boit moins pour compenser, les troubles du sommeil et l'impact psychologique peuvent être réels et ne doivent pas être minimisés.
Quelques gestes simples peuvent aider à mieux gérer le quotidien. Boire de l'eau régulièrement en petites quantités aide à rincer la bouche et à avaler plus facilement. Mâcher du chewing-gum sans sucre stimule la déglutition et réduit la sensation d'accumulation. Éviter les aliments très sucrés ou très acides qui stimulent davantage les glandes salivaires est également recommandé. Certaines femmes trouvent aussi du soulagement en suçant des glaçons ou en consommant des aliments froids.
Sur le plan médical, il n'existe pas de traitement spécifique au ptyalisme gravidique. Les médecins peuvent dans certains cas proposer des antiémétiques si les nausées sont associées, ou orienter vers un suivi spécialisé dans les formes très sévères.
En Afrique, une réalité souvent mal comprise
Dans nos sociétés africaines, ce symptôme est parfois mal interprété. Certaines familles y voient un mauvais présage, d'autres pensent que la femme exagère ou cherche à attirer l'attention. Cette incompréhension peut ajouter une couche de souffrance psychologique à une expérience déjà difficile physiquement.
Il est important de rappeler que le ptyalisme gravidique est un phénomène médical, pas une faiblesse, pas un signe de malédiction et certainement pas quelque chose dont une femme devrait avoir honte. En parler ouvertement à son médecin, à sa sage-femme et à ses proches est essentiel pour être bien accompagnée.
Quand cela s'arrête-t-il ?
La bonne nouvelle, c'est que dans la grande majorité des cas, le ptyalisme gravidique disparaît spontanément à la fin du premier trimestre, en même temps que les nausées matinales. Pour certaines femmes, il peut persister jusqu'à l'accouchement, mais s'estompe généralement très rapidement après la naissance du bébé.
Si vous traversez cette expérience en ce moment, sachez que vous n'êtes pas seule, que c'est temporaire et que votre corps fait simplement son travail, à sa façon, pour accueillir cette nouvelle vie.
La grossesse est un voyage extraordinaire, même dans ses aspects les moins racontés.
Florence Bayala
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