Solidarité au travail : pourquoi il faut éviter de parler à la place des autres

Dans le monde professionnel, la solidarité est souvent perçue comme une qualité essentielle. Soutenir ses collègues, défendre un climat sain et encourager l’entraide sont des valeurs positives. Pourtant, il existe une frontière subtile entre la solidarité et le fait de parler à la place des autres. Une frontière qui, lorsqu’elle est franchie, peut avoir des conséquences inattendues sur votre image et votre évolution professionnelle.

Parler au nom de ses collègues, sans mandat clair, expose d’abord à de lourds malentendus. Chaque collaborateur a sa propre perception des situations, ses priorités et sa manière d’exprimer les choses. En prenant la parole pour un groupe, vous risquez de déformer certains points de vue ou de dire ce que d’autres n’auraient pas souhaité exprimer de cette façon. Cela peut créer des tensions, voire un sentiment de trahison, même lorsque l’intention de départ est positive.

Sur le plan hiérarchique, cette posture peut également être mal interprétée. Les managers peuvent y voir une forme d’ingérence, une tentative de leadership non sollicitée ou une remise en question de l’autorité établie. Sans le vouloir, vous pouvez être catalogué comme une personne conflictuelle, alors que votre objectif était simplement de défendre un collectif.

Il faut aussi prendre en compte l’impact sur vos relations professionnelles. Certains collègues peuvent apprécier votre engagement, mais d’autres peuvent se sentir infantilisés ou dépossédés de leur propre voix. À long terme, cela peut affaiblir la confiance au sein de l’équipe et créer une distance là où il devait y avoir de la cohésion.

Être solidaire ne signifie pas se substituer aux autres. La véritable solidarité consiste plutôt à encourager chacun à s’exprimer par lui-même, à accompagner un collègue qui hésite à prendre la parole ou à orienter le groupe vers les bons canaux de communication. Soutenir, ce n’est pas parler à la place, c’est créer un cadre sécurisant pour que chaque voix puisse être entendue.

Enfin, se protéger soi-même est essentiel. En portant les revendications ou les frustrations collectives, vous endossez une responsabilité qui ne vous appartient pas toujours. Cela peut vous exposer inutilement à des critiques ou à des sanctions, alors même que vous n’êtes pas directement concerné par la situation.

Au travail, chacun doit pouvoir être acteur de sa propre parole. La solidarité la plus saine est celle qui respecte l’individualité, valorise l’autonomie et favorise un dialogue ouvert. Savoir quand parler, mais surtout quand laisser les autres parler pour eux-mêmes, est une véritable preuve de maturité professionnelle.