''J’ai pris un congé sabbatique pour me reconstruire : itinéraire d’un burn-out vers la guérison''
Je m’appelle Aïcha, j’ai 35 ans, et pendant longtemps j’ai cru que travailler sans relâche était la preuve ultime de mon engagement. Dans mon esprit, dire oui à tous les projets démontrait mon professionnalisme. Répondre aux mails tard le soir prouvait ma disponibilité. Accepter des délais serrés montrait ma capacité à gérer la pression. Je repoussais mes limites avec une certaine fierté, persuadée que la fatigue faisait partie du succès. Jusqu’au jour où mon corps a dit stop, sans me demander mon avis.
Le burn-out ne survient pas brutalement. En ce qui me concerne, il s’est installé lentement, presque silencieusement. D’abord, une fatigue persistante que je mettais sur le compte d’un trimestre chargé. Puis des difficultés à me concentrer, des oublis inhabituels, une irritabilité que je justifiais par le stress. Je perdais progressivement la motivation, même pour les projets qui m’enthousiasmaient auparavant. Je me répétais que tout irait mieux après ce dossier, après cette échéance, après cette période intense. Mais la période intense ne s’arrêtait jamais.
Le plus troublant pour moi était ce sentiment de vide. Les réussites ne me procuraient plus de satisfaction. Les compliments glissaient sans vraiment me toucher. Je fonctionnais en pilote automatique. Un matin, incapable de me lever pour aller travailler, j’ai compris que ce n’était plus une simple fatigue. C’était un épuisement profond, physique et émotionnel.
Prendre un congé sabbatique a été l’une des décisions les plus difficiles de ma vie. J’avais peur du regard des autres. Peur d’être perçue comme fragile, moins compétente, remplaçable. Pourtant, continuer aurait été plus dangereux encore. Ce temps d’arrêt s’est révélé salvateur. J’ai consulté un thérapeute pour la première fois. J’ai appris à identifier mes limites, à comprendre mes mécanismes de surinvestissement et à reconnaître que je cherchais inconsciemment ma valeur dans la performance.
La reconstruction ne s’est pas faite en quelques semaines. Elle a été progressive, parfois inconfortable. J’ai réappris à dormir correctement. J’ai intégré une activité physique douce dans mon quotidien. J’ai instauré des moments sans écrans. J’ai redécouvert des passions oubliées, simplement pour le plaisir, sans objectif de productivité. Petit à petit, j’ai compris que ma valeur ne dépendait pas de ma capacité à tout gérer ni à être constamment performante.
Aujourd’hui, je travaille différemment. Je pose des limites claires. Je respecte mes temps de repos. Je n’associe plus mon identité à mes résultats professionnels. Le burn-out n’a pas été une faiblesse, mais un signal d’alarme que je ne pouvais plus ignorer. S’accorder une pause peut être un acte de courage et de lucidité. Se reconstruire demande du temps, mais il est possible de retrouver équilibre et sens. Pour moi, ralentir a été la seule manière d’avancer durablement.
Adama Doumbia
Photo d'illustration
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