Faut-il espionner nos enfants ?

Les disparitions récentes d’adolescentes ont remis à l’avant-scène une problématique toujours d’actualité : l’utilisation parfois hasardeuse des appareils mobiles chez les jeunes. Pour les protéger et les éloigner des mauvaises fréquentations, faut-il tout surveiller ? Confisquer les appareils lorsque ça se corse ? Attention aux méthodes coercitives, prévient René Morin, porte-parole francophone du Centre canadien de protection de l’enfance.

Les parents doivent-ils exercer un plus grand contrôle sur l’utilisation des appareils mobiles de leurs enfants et adolescents ?

Le fait que les médias sociaux et l’utilisation d’internet se soient si rapidement installés dans la vie des gens, ça a déstabilisé tout le monde. Tout cela a pris les parents au dépourvu. Malgré tout, il y a un principe qui demeure : l’espace numérique, c’est un lieu public. Et c’est un aspect que les parents vont avoir tendance à négliger. Ils surveilleraient leur jeune dans un lieu public, mais lorsqu’ils arrivent dans l’espace public qu’est l’internet, il y a peu de surveillance. Les jeunes sont libres, sans aucun contrôle. Alors il faut se demander, comme parents, si on fait notre travail dans ce contexte-là.

Donc, il est tout à fait acceptable d’aller vérifier ce qui se passe dans l’appareil mobile de notre jeune ?

Je pense que ça va de soi. J’ajouterais toutefois que ça doit se faire dans un contexte de dialogue avec nos enfants. L’idée n’est pas d’espionner les comptes de nos enfants. Il ne faut pas créer cette dynamique, car ils sont très futés : s’ils se rendent compte qu’on joue sur ce terrain-là, ils vont tout simplement s’ouvrir un autre compte dont on ne connaîtra pas l’existence pour continuer de faire ce qu’ils veulent à notre insu. Dans ce contexte, il est important que l’enfant sache que le parent se réserve le droit de surveiller ses activités sur l’internet. Il y a d’ailleurs un avantage à ça : si tu sais que ta mère te surveille, tu vas faire attention ! (…) L’idée, c’est d’ouvrir un dialogue et d’utiliser toutes les nouvelles qui sont rapportées dans les médias. Il y a matière à discussion avec nos enfants. En abordant la question de cette façon, on ne met pas l’enfant « sous le spot », comme on dit. On ne l’accule pas au pied du mur. On utilise une histoire connue de tous pour savoir comment il réagirait si une situation semblable lui arrivait.

Est-ce qu’on devrait tous être « amis » avec nos enfants sur Facebook, par exemple?

Je pense que oui. Quand vous êtes l’ami de votre enfant sur Facebook, ça renforce l’idée qu’internet est un lieu public. Beaucoup d’adolescents vont tout naturellement chercher à gagner de l’indépendance par rapport à leurs parents, et c’est normal. Ils vont réclamer un certain respect de leur vie privée, mais l’intimité sur Facebook, ça n’existe pas !

Lorsque la relation est moins harmonieuse avec un adolescent, comment s’assurer d’un bon encadrement ? Retirer l’appareil ou encore l’accès au réseau sans fil, est-ce une solution viable ?

On n’arrivera à rien en confisquant un téléphone intelligent ou en coupant le wifi, car en 2016, on arrive toujours à trouver une manière de contourner la situation. On ne peut qu’exacerber l’éloignement de l’enfant en agissant de la sorte. Je reviens avec le dialogue : on ne peut pas tout savoir ce que nos enfants font de nos jours, mais je pense que l’important, c’est de leur rappeler que quoi qu’il arrive, on est toujours là pour eux. Qu’ils peuvent compter sur nous et que s’ils ont des problèmes, ils peuvent nous parler sans crainte. Ces messages sont à rappeler constamment à nos enfants.

L’appareil mobile est souvent considéré comme un objet très personnel. Presque de l’ordre du journal intime, pour un adolescent…

Ce que l’on met sur internet n’a rien d’intime. Prenons par exemple la problématique du sexto dans les écoles. C’est un problème qui nous préoccupe énormément et qui souligne à quel point la notion d’intimité sur internet peut déraper.

On a souvent l’impression de servir toujours les mêmes avertissements au sujet de l’utilisation de l’internet et des appareils mobiles. Le message passe-t-il ?

Beaucoup d’études ont mis en lumière l’absence quasi totale d’accompagnement des parents sur l’internet. La plupart des parents n’ont encore aucune idée de ce qu’y font leurs enfants. Il y a un décalage générationnel entre les enfants du numérique et la génération qui les précède. Peut-être que ça va prendre une génération pour qu’on s’adapte… Et vous avez raison. Ça fait des années qu’on répète la même chose, mais on ne doit pas en avoir assez parlé, puisque le problème ne se règle pas. Au contraire : il empire. Le nombre de signalements d’exploitation d’enfants sur internet que l’on reçoit par l’entremise du site Cyberaide.ca – leurre d’enfant, utilisation d’images explicites sans consentement, sextorsion, etc. – est en augmentation. Alors oui, il faut encore en parler.

 

 

Source : plus.lapresse.ca

 

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