Droits de la femme : quid de la vie sexuelle des veuves ?

Le principe général consacre l’égalité des genres. Mais au Burundi, nous constatons que ce qui est permis aux uns, les garçons, est interdit aux autres, les filles. En effet, les hommes qui ont perdu leur conjointe peuvent se remarier avec tout le faste voulu, alors que la veuve, elle, ne peut pas se remarier aussi facilement. « Pourquoi cette différence de statut social ? », s’interroge notre contributeur Al Nzambo.

Quoi que disent certaines gens, le sexe, au sens noble et naturel, est un besoin physiologique indispensable, primaire. Le psychologue Abraham Maslow classe même cette nécessité parmi les besoins physiologiques qui naissent de la nature même de l’homme. Mais la culture burundaise semble permettre aux garçons et aux hommes d’exprimer leur sexualité sans beaucoup de honte, alors que les filles et les femmes sont tenues d’inhiber leur féminité, tout au moins de ne pas montrer ou d’exprimer leurs désirs sexuels. Elles seraient prises pour des « traînées, des putes (malaya), des dévergondées », qui font honte à leur famille.

Comment voit-on la femme dans la communauté ?

Le Code des Personnes et de la Famille, en son article 122 alinéa 1er, dispose que le « mari est le chef de la communauté conjugale ». L’alinéa 2 de la même disposition ajoute que la femme participe à cette direction fixe soit moralement soit matériellement, et ce dans l’intérêt du ménage et des enfants.

La loi précise également que la femme remplace le mari dans la direction de la famille lorsque ce dernier est absent ou interdit. J’ajouterai aussi quand le mari est mort.

Traditionnellement au Burundi, la femme qui perd son mari est prise pour épouse par un des frères du mari défunt, ou alors, rarement, par son beau-père. Et la loi moderne n’interdit pas cette pratique, tout comme elle ne l’encourage pas. Mais, la femme est-elle toujours d’accord avec cela ?

Aujourd’hui, la veuve reste seule avec ses enfants dans la famille. Il suffit de regarder dans notre entourage. Elle ne peut pas se remarier avec un homme de son choix en dehors de la famille et rester dans la famille de son défunt époux. Et cela quel que soit son âge. La société attend d’elle qu’elle se comporte en bonne sœur sans jeter un regard aux hommes. On dirait que la veuve a perdu sa capacité d’exercer ou faire valoir d’elle-même, et sans autorisation préalable, les droits dont elle est titulaire ! Ou n’a-t-elle pas de droit tout simplement, surtout en matière de sexe ?

Discrimination

Pourquoi la veuve n’aurait-elle pas le droit de mener une vie sexuelle normale et officielle ? Si la fidélité est un devoir réciproque que le mariage fait naître entre les époux, est-elle valable pour toujours même dix ou vingt ans après la mort du mari ?  Les veuves doivent-elles perdre le droit de satisfaire ce besoin primordial qu’est le désir sexuel ? Pourquoi cette nécessité serait seulement valable pour les hommes, et non point pour les femmes ? C’est tout simplement une discrimination basée sur le genre.

Alors, quoi faire ?

Tout simplement changer de mentalité pour permettre aux femmes en général et aux veuves en particulier de mener une vie sexuelle personnelle et épanouie. Les femmes veuves doivent aujourd’hui avoir le droit de fonder une famille indépendamment de ce que veut la belle famille. On peut trouver des formules appropriées, valables pour les temps modernes au Burundi, comme le système de familles recomposées, avec les apports des uns et des autres, des droits et devoirs des parents et des enfants les uns envers les autres. Cela est d’autant plus simple qu’aujourd’hui les femmes sont déjà responsables de leur famille sans aucune tutelle. Le chemin est donc tracé, il n’y a qu’à le suivre et l’élargir.

 

 

Source : Autre presse

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