Au Kenya, l`homosexualité est encore considérée comme un crime passible de 14 ans de prison

Être homosexuel en Afrique, c’est renier son identité. L’homophobie est répandue sur le continent. Au Kenya, pourtant pays le plus développé d’Afrique de l’Est, la vision rigoriste et puritaine de la sexualité continue de faire des ravages.

Des drapeaux aux couleurs du mouvement LGBT déployés au siège des Nations-Unies à Nairobi. C’est une première. À l’occasion de la journée mondiale contre l’homophobie jeudi 17 mai, des activistes kenyans et des officiels étrangers débattaient sur ce thème. Grand absent ce jour-là : le gouvernement kenyan. Car au Kenya, l’homosexualité est considérée comme un crime passible de 14 ans de prison.

Si les condamnations sont rares, tout comportement s’apparentant à l’homosexualité est condamnable sur base d’un article du code pénal datant de l’époque coloniale. Le texte interdit bien les relations sexuelles entre deux hommes mais ne fait pourtant ni mention des femmes ni de l’homosexualité en tant que telle. Plusieurs associations se battent pour son abolition. La justice devait trancher le 26 avril dernier, mais ce jour-là, les juges étaient en vacances… Le verdict a été reporté sine die.

"Ils te violent, te tabassent, t’escroquent"

Être homosexuel au Kenya, c’est vivre avec la peur au ventre. Brian, 24 ans, en sait quelque chose. Il avance à visage masqué dans cette société ultra conservatrice. "Lorsque tu es en couple, tu ne peux pas tenir la main de ton partenaire", raconte-t-il. "Tu dois te comporter comme s’il était ton frère ou juste un ami, ne pas le serrer trop longtemps dans tes bras. Il faut être dans le contrôle en permanence et ne jamais exprimer ses émotions. "Les membres de la communauté LGBT utilisent des applications mobiles telle que Grindr pour se rencontrer. Mais ce n’est pas sans risque." C’est souvent le même scénario. Tu rencontres quelqu’un, il t’emmène chez lui et là, cinq personnes t’attendent... Ils te violent, te tabassent, t’escroquent. C’est vraiment dangereux."

Censuré pour "apologie de l’homosexualité"

Il y a quelques semaines, le film "Rafiki", sélectionné au Festival de Cannes, aurait pu faire la fierté du Kenya. Mais les autorités l’ont censuré car il raconte l’histoire d’amour entre deux jeunes filles. Des décisions systématiques lorsqu’il s’agit d’homosexualité. En 2014, le film "The stories of our lifes" du réalisateur Jim Chuchu subissait le même sort. Face aux contestations de l’équipe du film, le producteur avait été arrêté durant 24 heures. Une des tactiques d’intimidation utilisée par la police. Pour autant, Jim Chuchu reste déterminé à faire bouger les choses : "Les œuvres artistiques doivent interpeller sur 'qui est l’Homme de 2018 ?'. L’idée d’imposer ce que les adultes kenyans ont le droit de voir ou de ne pas voir est l’expression d’une faille de notre société."

L’homophobie africaine

En Afrique, 33 pays criminalisent l’homosexualité. Les gouvernements invoquent la défense de la "culture" africaine et de la religion. Yvonne Oduor, activiste au sein de la Coalition des Gays et des Lesbiennes du Kenya explique cette homophobie : "Avant l’époque coloniale, il y avait différentes sexualités, d’expressions des genres sur le continent. Lorsque les colons ont apporté le Christianisme et l’Islam, ils ont imposé l’histoire d’Adam et Eve comme le modèle. Un homme et une femme. Cette croyance exclut tous ceux qui ont une autre sexualité."

Au Kenya, le lobby anti-gay est puissant et organisé à travers des groupements essentiellement Chrétiens. En tête de file, le "Forum Professionnel Chrétien du Kenya". Fervent opposant à la communauté LGBT, il est de toutes les batailles juridiques. Portés partie adverse face à la communauté gay pour abolir la loi anti-homosexuel, ce lobby entend bien freiner le progrès qui s’opère petit à petit au sein de la population kenyane.

 

Source: rtbf.be

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