Caroline Hien : ‘’Je transforme les produits locaux mangue, ananas,tomates…en confiture’’

“ Quand j’ai commencé, je ne savais ni lire ni écrire. Et cela était très compliqué de pouvoir parler de mon produit et de m’exprimer en même temps”, ainsi se confiait  Caroline Hien. Un sérieux  handicap qui aurait pu décourager cette jeune femme ivoirienne de 27 ans, qui a bravé les stéréotypes grâce à son courage et sa détermination tenaces. D’une ingéniosité désarçonnante, Caroline Hien a commencé en mars 2015 la transformation des produits de son pays, la Côte d’Ivoire. De la confiture d’ananas, de mangues, d’oranges, à celle de la tomate,  Caroline Hien fait montre de créativité en valorisant tout ce qui pousse en Côte d’Ivoire, notamment les fruits, légumes, agrumes bio et bien d’autres produits naturels. Elle a accepté de nous accorder de son temps pour en savoir davantage.

D’où vous est venue l’idée de faire la transformation des produits locaux?

Vous êtes sans savoir que chacune des cultures est liée a une saison. Je me souviens, Chez moi au village, alors enfant, à la saison des mangues, il y a tout le temps les mangent qui tombaient de leurs arbres. Et quand on n’avait pas les moyens s’en offrir, on les ramassait pour manger. Bien longtemps après, lorsque  j’ai rencontré l’homme qui est aujourd’hui mon mari tout s’est mis en marche. En bon gourmet, Il me faisait manger de la confiture de fraise que je n’aimais pas. C’est en ce moment-là que m’est venue l'idée d’en faire mais avec, cette fois, d’autres produits. je lui ai alors demandé s’il était possible de faire des confitures à base de fruits locaux, c’est-à-dire de la mangue, puisque c’était l’un de mes fruits préférés. Chose qui, somme toute, était fort possible selon la réponse de mon mari. Et c’est là que j’ai commencé à faire des confitures pour ma consommation personnelle. De fil en aiguille, j’en ai  propose à mes amis et aux amis de mon mari. Les retours de ces proches étant positifs, c’est ainsi que ‘’Carol’s confiture’’ est née. Toujours dans l’informel et pour la dégustation personnelle, une de mes amies, a un moment donné, m’a demandé de commercialiser mes confitures étant donné qu’elles sont d’une qualité on ne peut plus bonne.

Le SITA 2015, notamment en mai, fut alors la porte d'entrée. Il y avait une exposition au SITA, et j’ai proposé un stock d’environ 300 pots aux visiteurs pour voir si la population locale était prête à accepter cette nouvelle confiture. Et agréable fut ma surprise quand elle a été appréciée. A cette expo, il y avait de grands hôtels et des grands magasins de distribution étaient présents. Pour moi, le vin était tiré, il fallait le boire. Déjà à ce niveau, je ne pouvais plus reculer, puisque j’avais auparavant donné ma parole.

Dites-nous où orniez-vous les pots pour la mise en bouteille?

A l’époque, n’ayant pas de moyen conséquent m’acheter des pots uniformisés, je recyclais les pots de 300 g que j’utilisais. Mais je mélangeais les différents pots et on en trouvait de 200g. Pour ne pas créer de confusion, je grattais aussi les couvercles pour en effacer les marques existantes d’autres produits et découpais des étiquettes pour les coller dessus. Pour cacher la partie grattée, je découpais des morceaux de pagnes pour en faire le design et je collais mes étiquettes la dessus.

Où preniez vous les pots pour les recycler?

La commercialisation de pots et bidons vides, vous conviendrez avec moi, est un business qui nourrit son homme. Alors il y a des femmes qui me fournissent les pots et mon équipe et moi, nous les lavons soigneusement.

N’était-ce pas dangereux d’utiliser ce genre d’emballage pour vos confitures?

Normalement pour la consommation. Cependant, sachez que même en Europe, il y a des structures qui utilisent des emballages recyclés. Mais si vous travaillez de façon professionnelle et propre, il n’y a pas de risque.

Avez-vous une manière particulière de laver ces bocaux en verres dans lesquels vous mettez la confiture?

Je dirai, avant de répondre à votre question, que c’est même un impératif d’avoir une manière toute particulière de soigneusement les laver. Revenant ainsi à votre question, Oui, je peux dire qu’on lave minutieusement les bocaux plusieurs fois, environ dix fois. Après tout ceci, on réstérilise les verres, jusqu’à la préparation des fruits. Après on les restérilise encore, jusqu’à ce qu’ils rentrent à la cuisine, ils sont comme vierges. Donc aucun risque à consommer les produits ‘’Carol’s ‘’.

Alors en ce qui concerne la matière première principale qui est la mangue, comment faites-vous après la saison des mangues?

Qui veut aller loin ménage sa monture, dit-on. Et ‘’Carol’s confiture’’ n’est pas une exception à cette règle. Elle veut aller loin, au delà des frontières ivoiriennes.   ‘’Carol’s confiture’’ travaille en fonction des saisons. Il va alors s’en dire que, lorsque c’est la saison des mangues, je produis de la confiture à base de mangue. Je fais pareille quand c’est la saison de la papaye… Au total, j’ai seize saveurs. Chaque saison, je produis et bien entendu, je réserve un stock. Cette variété de production me permet non seulement de se maintenir sur le marché mais également de fidéliser la clientèle en lui faisant découvrir d’autres saveurs. Alors quand je n’ai plus de mangue, je n’en ai plus. Je ne me prends pas la tête puisque les autres fruits assurent jusqu’à la saison des mangues prochaine.

Avez-vous déjà reçu une subvention de la part d’une entreprise, d’une banque? Ou alors travaillez-vous sur fond propre?

Je répondrai ni l’un ni l’autre pour ce qui est de la subvention. D’abord on a essayé d’avoir des financements vers les banques, mais qui n’ont pas du tout marché, parce que, comme vous le voyez ici, c’est vraiment fait de façon artisanale. Mais je pense que les établissements financiers ne sont pas prêts à aider les personnes comme nous. Ils ont besoin de quelque chose pour assurer les financements qui sortent de leur banque. Alors que moi, je n’ai rien pour leur donner cette assurance. J’ai seulement mon travail. Ils ne vont pas aider quelqu’un qui ne fait que travailler.  C’est donc sur nos fonds propres que nous travaillons et grâce aux nombreux prix qu’on a eu. Nous avons remporté trois prix : le prix du patronat, le prix de la fondation totale start-up de l’année 2016 et le prix Alassane Ouattara. Cela nous a permis de pouvoir améliorer le produit et agrandir aussi la gamme des produits.

A côté de cela, je dirai que la fin justifie les moyens. Si j’ai besoin d’argent, je ne vais pas m’asseoir là à me morfondre, à traîner. Et c’est parce que je n’en ai pas  encore suffisamment pour pouvoir avoir mon propre local que je suis actuellement à ce niveau. J’avoue que c’est quand même difficile de ne pas avoir de financement auprès des banques qui ne veulent pas m’aider. Mais je ne perds tout de même pas espoir. Mieux je sais que si mon entreprise était déjà grande avec un chiffre d’affaire impressionnant, où je n’aurais plus besoin d’attendre quelque chose des banquiers, et que j’avais le dos large, ils seraient venus vers moi. Je reste confiante et convaincue que ce moment viendra.

Comment avez vous été retenue pour participer à ces différents prix? Et qu’est-ce qui a fait de vous la lauréate?

Comme d’habitude, je ne savais pas que j’allais être retenue. je sais que je ne savais ni lire ni écrire. Donc il fallait trouver quelqu’un pour m’aider à pouvoir monter un bon dossier, mais il fallait aussi de la crédibilité. Alors avec un tel dossier, je disais ce que je voulais, en quelque sorte mes besoins. Et lorsqu’ils ont vu le dossier, ils ont réalisé qu’il n’était pas mal du tout. J’ai été quand même sincère dans le dossier. Je pense que c’est pour cela qu’ils ont choisi ‘’Carol’s’’. Et non pas parce que j’étais différente des autres, pas du tout.

Mais qu’est ce qui a vraiment fait la différence avec les autres produits proposés pour que Carol’s soit la lauréate?

Je dirais que c’est peut être parce qu’ils n’ont pas encore vu une jeune femme de mon âge ici, qui fait les confitures vraiment à base des fruits locaux. Tout le monde sait faire de la confiture, mais l’innovation se trouvait dans notre pays, c’est-à-dire faire des confitures ici en Côte d’Ivoire, c’était une innovation. Je pense que c’est pour cela que j’ai été choisie.

Votre production est-elle exportée ou c’est pour la consommation locale?

Actuellement on exporte au Burkina, avec le concours d’une structure. C’est là-bas seulement qu’on arrive à exporter. Mais tous les clients qui achètent les produits Carol’s c’est pour se souvenir de la Côte d’ivoire. Et autre chose, ce sont des expatriés qui achètent. Les ivoiriens achètent mais c’est ceux qui ont vraiment les moyens qui se permettent d’acheter les produits Carol’s. Car le produit est vendu cher. Mais cette cherté s’explique à cause du prix des bocaux et je voudrais que ce soit un produit de luxe.

Alors, au départ vous avez dit ne pas savoir lire et écrire. Savez-vous le faire maintenant?

Pour l’heure, je peux lire mais je ne sais pas écrire. J’écris avec beaucoup de fautes.

 

 

Yolande Jakin

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