Face au choix contraire d`Emmanuel Macron, Michaëlle Jean plaide avec ardeur pour un second mandat à la tête de l`OIF

Élue en novembre 2014 à Dakar à la tête de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), Michaëlle Jean est candidate à un second mandat de Secrétaire générale, face à la rwandaise Louise Mushikiwabo, ouvertement soutenue par Emmanuel Macron. Mais « fière » du bilan de son premier mandat, Michaëlle Jean n’entend rien lâcher et s’affirme « déterminée à [se] me battre jusqu’au bout pour la Francophonie ». Rencontre, à la veille du Sommet de l’OIF à Erevan, où se jouera l’élection.

Vous arrivez au terme de votre premier mandat de quatre ans à la tête de l’OIF. Confirmez-vous être candidate à un second mandat ?

 Servir la francophonie est ce que j’ai souhaité et j’y investis tout de ce que je suis avec ardeur, expérience, conviction, principes et valeurs, une vraie capacité de convaincre et de rassembler, un souci constant de l’autre, un humanisme. J’ai été Gouverneure générale et Commandante en chef du Canada, j’ai parcouru le monde et je l’ai examiné de près. Voilà pourquoi le choix s’est porté sur moi lors du Sommet de Dakar, alors que nous étions cinq candidats. Ce que les chefs d’État apprécient, c’est que je suis à la fois du Sud et du Nord. Je suis d’Haïti et l’Afrique y est très sensible pour l’esprit de résistance, le combat remporté si vaillamment contre l’esclavage, l’avilissement des Noirs et le colonialisme. Je connais tous les défis à relever pour les pays en développement qui veulent sortir de l’assistanat. J’ai connu l’exil forcé, la migration. 
Je suis également du Nord, ma famille comme des milliers d’autres a trouvé refuge au Canada : pays des droits, des libertés, de citoyenneté et de toutes les possibilités, qui assume et valorise la diversité, ouvert au monde et grand partenaire de coopération. La feuille de route qui m’a été confiée, je la porte avec énergie.

Vous espérez donc continuer de « servir » ?

Ce qui est tout à fait normal quand on est à la tête d’une organisation internationale : un premier mandat – quatre ans, c’est vite passé –, permet d’établir un état des lieux, de bien fixer les priorités, engager des réformes, répondre aux exigences, penser et déployer des programmes, les construire, affronter les défis avec les pays dans un contexte mondial des plus difficiles, voire éprouvant, prendre la mesure des premiers résultats.…
Le monde est agité et bousculé, l’espace francophone n’est pas épargné : défis sécuritaires, défis de développement, défis climatiques, défis énergétiques et technologiques, migrations, érosion des principes et des valeurs, crispations, replis identitaires, et surtout cette mise en cause du multilatéralisme alors que tout exige que nous soyons plus rassemblés que jamais.
Des journalistes s’étonnaient en 2014 que j’insiste autant sur tous ces aspects, notamment sur la question sécuritaire et ne comprenaient pas que parlant de Francophonie, tout cela s’impose et doit être pris en compte. Or, j’avais vu juste. J’ai trouvé important de positionner l’Organisation internationale de la Francophonie, avec son apport légitime à l’échiquier multilatéral, sa force d’action et de proposition face à tous ces enjeux, toutes les exigences de notre temps. J’ai fait en sorte que la Francophonie soit, aux côtés de l’ONU, désormais entendue jusqu’au Conseil de sécurité.

À New York, où se tient l’Assemblée générale des Nations Unies (25 septembre-1er octobre), quel est votre programme ?

Cette 73e session est consacrée à l’action pour la paix. Je porterai la voix de la Francophonie et ferai valoir notre partenariat avec l’ONU lors de la réunion de haut niveau sur l’Action pour le maintien de la paix, et signerai deux nouveaux accords-cadres de coopération avec le Bureau des Nations unies pour la Consolidation de la paix et celui pour la Coopération Sud-Sud. Je participerai aussi à d’autres réunions de haut niveau sur la situation au Mali, en République Centrafricaine et sur la lutte contre les violences faites aux femmes, aux filles, aux enfants en situation de conflit. C’est un moment intense de diplomatie active. Je suis aussi invitée par la New York University à parler de l’action de la Francophonie à l’heure de la mondialisation. La Francophonie est attendue et entendue. C’est le résultat des efforts de positionnement dont je me félicite.

Vous êtes donc candidate à un second mandat, mais pour quoi faire ?

Après une telle intensité et autant de programmes déployés, dont nous mesurons les résultats à consolider, beaucoup reste cependant à faire. Des chantiers considérables et porteurs sont engagés et dans toutes les missions qui nous sont dévolues, dont la première est politique et concerne l’avancement de la démocratie, l’État de droit, la défense des droits et libertés, la prévention des crises et la sécurité humaine. 
Notre mission dédiée au renforcement des capacités et des compétences est cruciale en matière de recherche, d’éducation, de formation professionnelle, technique et technologique, nous avons redoublé d’efforts.
Notre mission sur le front important de la Culture comme une composante de développement, pour le dialogue entre les peuples et la promotion de la diversité culturelle. Notre mission de soutien au développement et à la croissance économique, qui inclut aussi le numérique. Tout ce qui concerne l’atteinte des objectifs du développement durable nous engage.
Un second mandat, ce sera un mandat de consolidation de nos forces et de nos actions, mais aussi de prospective et de réflexion autour d’un Agenda pour la Francophonie avec une vision pour les dix prochaines années. D’autant plus que nous nous apprêtons à célébrer au Sommet, qui se tiendra à Tunis en 2020, les 50 ans de notre Organisation.
J’aime que le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, lui-même affirme : « La Francophonie est un partenaire de choix, désormais incontournable ». Il sait notre apport, ne serait-ce que la coopération dans la conduite des opérations de maintien de la paix, dont la moitié sont déployées dans des pays francophones. De la même façon, nous avons renforcé nos partenariats avec l’Union européenne, l’Union africaine, le Commonwealth, l’Organisation des pays ibéro-américains, et celle des pays lusophones, car nombre de leurs États sont aussi rassemblés au sein de l’OIF. Je suis plutôt fière de notre bilan. Il est apprécié et appréciable.

Comment expliquez-vous alors le soutien inconditionnel du président Emmanuel Macron à votre rivale rwandaise Louise Mushikiwabo ?

Je n’ai ni adversaire ni rivale. Cette circonstance se présente à nous, à la surprise générale, comme partie de la discussion entre le Président rwandais et le Président français, elle s’est imposée avec une certaine brutalité je dois dire et provoque un grand malaise au sein de la Francophonie. Je dois l’affronter et il est de mon devoir et de ma responsabilité de dire ce qui m’inquiète grandement : c’est une certaine volonté affichée de restreindre la Francophonie à la seule promotion du français. Cette vision réductrice met en péril tout ce qui définit et fonde la Francophonie.

Ce qui est assez paradoxal car le Rwanda est un pays anglophone qui a même supprimé l’enseignement du français…

Je ne suis pas la seule à le dire et à le constater, vous le dîtes aussi : c’est une évidence. Ce qui fonde et définit la Francophonie, ce sont aussi ses principes, une association autour des valeurs universelles dans la poursuite d’un humanisme intégral et universel, ce sont tous ses fondamentaux. La Francophonie est une organisation où la démocratie, l’État de droit, les libertés occupent une dimension cardinale et essentielle.

Le président Macron semble vous avoir toujours boycottée. Comment vivez-vous cette forme de dédain ?

Je respecte le président de la République française et, comme je l’ai fait avec son prédécesseur, le Président Hollande, et envers tous les chefs d’État des pays de la Francophonie, la relation engagée est celle du dialogue, de contacts fréquents, de rencontres, d’évaluation des enjeux et des actions à entreprendre dans l’état actuel du monde et des défis auxquels nous sommes confrontés. J’ai eu l’impression d’une entente cordiale et respectueuse lorsque nous nous sommes quittés, le Président Macron et moi après notre premier rendez-vous à l’Élysée, nous avons même échangé nos coordonnées et sommes restés en contact. Je sais dans quel état d’esprit, moi, je l’ai rencontré pour faire ce que nous sommes en droit et en devoir de faire. Mais je ne peux pas parler à sa place… Posez-lui la question.

La Francophonie tente pourtant de résoudre bien des crises, y compris en Afrique…

Nous agissons toujours à la demande des États. Dès ma prise de fonction en 2015, on n’aura jamais vu autant de pays africains, mais pas seulement, engager des élections et, à leur demande, nous faisons un travail d’accompagnement bien en amont du processus électoral, pour renforcer les institutions responsables d’organiser ces élections, pour apporter toute l’aide technique nécessaire à commencer par l’établissement et l’audit du fichier électoral, avec l’aide politique également avec tous les acteurs concernés, car il faut s’assurer que ces élections se tiennent dans un climat apaisé et encourager une approche et un dialogue inclusifs.
Sur ce terrain et dans des contextes de forte tension, nous travaillons avec l’ONU, avec l’Union européenne, l’Union africaine et les organisations régionales. Sur les questions de développement, il en va de même. Nous avançons avec pragmatisme, un travail concret, intense, concluant, avec des expertises solides, même s’il ne fait pas de bruit et que les médias n’en parlent, et nous restons concentrés sur notre mission aux côtés des États et des populations. Il nous arrive d’être précurseurs dans bien des domaines.

Pour parler clairement : est-ce au président Macron d’imposer sa candidate à tous les pays africains sous prétexte que c’est une femme et une Africaine ?

Poser la question, c’est y répondre. Le sujet est aussi sensible, car c’est nier dans cette comparaison cette africanité globale dont Haïti et nous tous, Afro-descendants, sommes aussi la résultante, les héritiers, issus d’une histoire douloureuse qui a duré des siècles – je parle de la traite, de la colonisation que l’on ne peut ni éviter ou nier, c’est du réel.
Nous, Afro-descendants, nous ne sommes pas tombés des arbres, nous ne sommes pas un accident de l’histoire, ni une valeur négligeable. Nous avons aussi accompagné les indépendances africaines. Quand en 2014, des pays européens disaient qu’il y a une règle non écrite qui voudrait que ce soit un Africain qui soit à la tête de la Francophonie, les Africains ont trouvé déplacé cette façon de prétendre ou suggérer que ma candidature était illégitime et combien me le manifestent sans ambages : « Vous êtes Africaine ».

Au Mali, vous êtes venue pour la célébration nationale de l’investiture du président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) réélu en août. Plus d’une dizaine de chefs d’État africains étaient présents, sans compter nombre de chefs de gouvernement. Peut-on faire le point sur vos soutiens ?

Notre relation est empreinte de respect, mais aussi de franc-parler, pour avancer ensemble. Quand je les revois régulièrement, comme ici à Bamako, c’est toujours dans cet esprit, sachant ce qu’il nous faut mobiliser et je dirais avec un certain attachement et solidarité, tant ce que nous avons à porter ou à affronter ensemble est des plus durs, lourds et graves.

Au Mali, lors de cette imposante parade militaire du 22 septembre, nous avons vu un pays montrer tous les efforts investis et consentis pour lutter contre ces organisations criminelles transnationales et terroristes. Un pays que l’on pouvait autrefois – je l’ai vécu lorsque j’y suis venue en 2006 – traverser du Nord au Sud sans rien avoir à craindre. Un pays haut lieu de civilisation, un pays où l’on a su vivre en paix, unis dans la diversité. Un pays déterminant pour la stabilité au Sahel. Nous sommes partenaires de l’Alliance du G5 Sahel, dont tous les pays sont membres de l’OIF, et partenaires de la mise en œuvre de l’accord de paix au Mali.
Le président Ibrahim Boubacar Keïta a insisté dans son discours d’investiture sur les défis que le Mali a à relever, ce qu’il faut mettre en place et les efforts à investir. Nous demandons au reste du monde d’être aux côtés du Mali et du Sahel, un enjeu de sécurité pour le monde. Un plaidoyer que je porte jusqu’au Conseil de sécurité. C’est aussi mon rôle et le lien fort avec ces chefs d’État de la région. Nous plaidons pour la Force conjointe du G5 Sahel contre le terrorisme et des stratégies de consolidation de la paix qui passent aussi par des actions de développement. L’enjeu est colossal. C’est pourquoi je ne veux pas d’une Francophonie rabougrie, démembrée et sans colonne vertébrale.

À deux semaines du prochain Sommet de la Francophonie, qui se tiendra les 11 et 12 octobre à Erevan (Arménie), avez-vous perçu à Bamako des réserves sur votre candidature ?

Je n’ai trouvé aucune réserve, mais il y a un malaise. Le malaise, c’est que l’on veuille laisser croire que, par consensus, ils sont tous prêts à ne pas tenir compte du bilan et du travail réalisé ensemble. Car le bilan de mon action à la tête de l’OIF n’est pas que le mien, c’est aussi le leur, car nous travaillons ensemble. Notre bilan compte, il est apprécié et il est appréciable.

Nous ne pouvons que saluer le fait que les deux présidents français et rwandais, Macron et Kagamé, décident de rétablir un dialogue et un pacte pour une nouvelle relation. Mais pourquoi avoir mis dans la balance le secrétariat général de la Francophonie ? Et pourquoi vouloir faire croire qu’il y a une position unique et consensuelle entre les chefs d’État africains à cet égard ?

L’ambiguïté n’est-elle pas née du Sommet de l’Union africaine qui s’est tenu à Nouakchott au début juillet, et qui a semblé entériner cette candidature ?

La réalité est qu’il n’y a eu à Nouakchott ni discussion ni débat. Le sujet a bien été amené en séance, mais aucune décision contraignante n’a été prise. La décision se prendra, comme il se doit, au Sommet d’Erevan par les chefs d’État et de gouvernement de la Francophonie.

Comment définiriez-vous aujourd’hui la Francophonie ?

Que dit Senghor ? « Notre Francophonie n’est ni une tour ni une cathédrale, elle s’enfonce dans la chair ardente de notre temps et ses exigences » au nom d’un humanisme intégral et universel. C’est exactement ce que nous continuons de faire. Voyez notre monde sans repères où des discours de haine prolifèrent, déstabilisent et polarisent, ce monde accablé par l’insécurité, sachez que la Francophonie apporte aussi un souffle fécond et des énergies essentielles et des réponses solidaires. Je suis très fière par exemple d’avoir mis en place l’Institut de la Francophonie pour l’éducation et la formation pour la professionnalisation de toute une jeunesse qui représente 60 % des populations des pays de l’espace francophone. Par ces actions concrètes, la Francophonie contribue à la consolidation de la paix et de la stabilité, comme de la sécurité car c’est sur la précarité, le sentiment d’impasse et d’un avenir bouché chez les jeunes que les organisations criminelles transnationales embrigadent et radicalisent.

Pour Erevan, vous êtes confiante ?

Je suis surtout déterminée à me battre jusqu’au bout. Je défendrai avec toute la vigueur nécessaire ce que nous sommes, les principes et les valeurs qui fondent nos actions face aux exigences de notre temps. Je garde le pied à l’étrier dans l’intérêt supérieur de notre Organisation et de ce que les États et gouvernement, les populations attendent d’elle en y investissant beaucoup d’espoir. La Francophonie est un vrai combat !
Au Sommet de Erevan, des décisions importantes d’orientation seront prises, qui sont déterminantes. Je suis fière d’engager la ratification de la Stratégie pour l’égalité entre les femmes et les hommes, l’autonomisation, les droits des filles et des femmes ; fière aussi de l’officialisation d’un nouveau réseau ministériel, celui des ministres francophones chargés du numérique et de l’Économie numérique.

D’autres décisions et engagements seront avancés en faveur de la croissance, de l’émergence, de l’innovation également. Notre mobilisation sur la question du numérique, par exemple, est cruciale, nous devons nous saisir avec force de cet enjeu déterminant. Comme les multinationales qui contrôlent toutes ces technologies numériques sont avant tout américaines ou chinoises, nous devons faire en sorte que les pays de l’espace francophone ne soient d’aucune façon marginalisés, le risque est celui d’une colonisation numérique. Je sais que le mot est fort, mais il est à la hauteur du défi.
Ce que je veux voir triompher aussi à Erevan, c’est la Francophonie des peuples, de leurs attentes et de leurs aspirations. La Francophonie des solutions et de toutes nos actions. La Francophonie des valeurs et des principes qui nous guident. C’est la Francophonie que je me suis engagée à servir de toutes mes forces. Erevan sera un moment de vérité : nous serons tous face à nous-mêmes et cela, j’aime !


Source : africapresse.paris

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