Diaby Nina, analyste en planification financière : ‘’Travailler dans une entreprise Japonaise m’a appris à être humble’’

Dans la fleur de l’âge, Diaby Korotoum Nina a la tête pleine et bien faite. Ambitieuse et déterminée, elle désire donner forme à ses aspirations. Aux âmes bien nées, dit-on, la valeur n’attend point le nombre des années. Voilà qu'à seulement 22 ans, le monde du travail lui ouvre ses bras et elle fait ses premières armes dans une entreprise de conseil en projet d’infrastructure en collaboration avec la coopération Japonaise en Côte d’Ivoire. Avide de connaissance et de savoir, elle part au Japon, peu de temps après, pour un MBA avec une spécialisation en Finance.

De retour au pays,  en début de cette année, avec ce nouveau parchemin, elle intègre encore une entreprise Japonaise. Aujourd’hui, dans une entreprise de bouillon en tant qu’analyste en planification financière, à 26 ans, elle accepte de nous ouvrir son univers… interview!

En quoi consiste le travail d’un analyste financier?

De prime abord, il est important de préciser que l’analyste financier est un peu relié au contrôle de gestion. Ce métier du domaine des finances vous permet d’avoir, en professionnelle avertie, un certain contrôle à la fois strict et rigoureux. Pour les spécialistes des finances ou ceux qui en ont fait, ils comprennent aisément et savent ce dont il est question. Avec plus de clarté, Disons qu’il est question ici d’analyser les performances financières de l’entreprise relatives non seulement à ses profits, mais également et mieux, de savoir si elle ne court pas de risques sur le court, moyen et long terme. Autrement dit,  l’analyste financier est chargé de veiller scrupuleusement sur la santé financière d’une entreprise, voir si celle-ci est en de bonne main et en bonne marche. Et essayer de trouver des stratégies financières adaptées qui améliorent la performance financière de l’entreprise.

Avant d’accéder à ce poste, un long parcours a été fait. Pouvez-vous nous en parler brièvement?

Je me ferai, à ce propos, fort de faire fi de mes années collège qui en disent long.  Alors, en allant à l’essentiel,  mes études secondaires m’ont conduites au lycée Sainte Marie puis au collège Saint Viateur avec, à la clé, l’obtention du BAC. Après le BAC, j’ai choisi, eu égard à la place de choix de l’anglais dans les relations internationales, d’aller dans une université Anglo saxonne en Côte d’Ivoire (GSM).

Mon passage à GSM, où j’ai fait un Bachelor en Business Administration avec une spécialisation en finances, m’a permis de travailler pour la coopération Japonaise pendant un an sur un projet d’infrastructure. Juste après ce projet, j’ai jugé nécessaire d’approfondir et consolider mes acquis au japon pour un master avec une spécialisation en finance. Comme je le disais tantôt, je suis rentrée juste en début d’année. Et j’ai eu l’opportunité d'intégrer une entreprise japonaise.

Avec votre jeune âge, vous n’avez pas eu peur d’intégrer la coopération japonaise?

Chaque âge, comme chaque saison, amenant des occupations différentes, disons que je l’ai intégrée à 22 ans. J’avoue qu’au début, dans un environnement nouveau qui n’était non seulement pas ivoirien mais aussi dans lequel on ne parle pas  français, l’adaptation n’a vraiment pas été aussi aisée.  Un peu difficile au début, avec juste les premières semaines intenables et compliquées, je commençais mon premier emploi. Et vu surtout que je n’avais jamais travaillé, je ne savais pas trop quoi faire. Donc ça a été, comme on dit, ‘’challenging’’ au début, Mais je pense qu’avec le temps,  je me suis, par la suite, installée dans l’environnement. C’est allé super bien. Et jusqu’à présent je suis toujours en contact avec eux. Même quand je suis rentrée, j’ai eu a faire un petit projet de deux mois avec eux avant de commencer à travailler dans la nouvelle entreprise ou je suis. On a gardé de bons liens.

Au niveau du japon, comment s’est fait l’intégration?

L’avantage aidant, étant donné que j’ai eu à travailler en Côte d’Ivoire avec les japonais, ce qui n’est pas le cas de tous les étudiants qui sont dans ce pays, j’étais déjà un peu habituée à leur culture. Parce que l’environnement de l’entreprise était vraiment la culture japonaise, j’étais déjà habituée à la langue, j’entendais mes patrons parler, je connaissais quelques mots, quand tu rentres, tu oublies que tu es en Côte d’Ivoire, tu t’adaptes à toutes les règles. Ce qui a fait que quand je suis allée au Japon, il m’a été beaucoup plus facile de m’adapter. Ce fut absolument une chance inouïe. 

Que retenez-vous de votre séjour du japon?

Ce séjour, je pense, a été formateur. Il a été particulier,  inédit et un peu hors du commun parce que pour les études généralement, on opte, pour la plupart du temps, soit pour la France soit pour les USA ou le Canada. Mais il est impérieux de savoir que ce choix s’est fait à dessein. C'était dans le seul but d’avoir une idée différente, une nouvelle vision autre que celle de l’occident. Voir les choses différemment de ce qu’on a l’habitude de voir. Sans oublier que l’histoire du Japon est très fascinante qui révèle que cet archipel est une grosse puissance économique ayant une culture vraiment forte. C’est un peuple assez calme, réservé, pas agité ou ne fait pas beaucoup de bruit comme on le dit. Il est donc  intéressant d’aller a la découverte de ce beau pays, et voir ce qui s’y passe vraiment. Comprendre notamment son charme avéré, ce qui fait sa force et comprendre la manière de travailler de ce monde, son école de la vie qui éduque et forme. De cette expérience j’ai pu voir, apprendre beaucoup de chose, surtout l’humilité,  le respect des autres puis la  qualité et la perfection du travail. Ce n’est juste pas travailler parce qu’on te donne quelque chose à faire. Mais il faut le faire parce que tu le veux, donner le meilleur de soi-même quand on fait quelque chose, c’est-à-dire, frôler la perfection parce qu’on ne peut pas être parfait.

C’est vrai que vous n’avez pas d’enfant. Mais en tant que femme, arrivez-vous à concilier votre vie de femme et celle du travail?

Parce que de nombreuses femmes sont unanimes à ce sujet, On a donc coutume de dire  ce n’est pas facile. je voudrais que l’on sache qu’il autant beaucoup plus difficile pour une femme que pour un homme d’occuper certains postes de responsabilités. A fortiori moi même qui coiffe encore la sainte catherine ( célibataire), une fois à la maison, j’ai les mêmes obligations que celles qui vivent en couple. il faut pouvoir faire la cuisine et coordonner les choses. C’est vrai qu’on a quelqu’un pour nous aider, mais c’est toujours difficile. Je souligne, et c’est important de le dire, qu’il m’arrive souvent rentrer a des heures avancées du soir parfois 20 heures, 21 heures ou même 22 heures. on imagine juste si tu dois rentrer à cette heure et faire la cuisine, le ménage, a quelle heure iras-tu au lit et te réveiller à 5 heures du matin pour le travail. C’est difficile encore plus pour une femme qui est mariée et qui a des enfants. Mais comme on le dit, les femmes sont dotées d’une puissance vraiment extraordinaire. on a vu nos mamans qui ont quand même pu gérer cela, donc on se dit que c’est possible. Sinon ce n’est vraiment pas facile.

Vous qui travaillez pour une entreprise qui fabrique des bouillons, avec tout ce qu’on entend à propos de ce dernier, que pouvez-vous nous en dire pour nous rassurer?

Il me plairait bien de profiter de cette opportunité pour répondre à cette question que l’on entend à cor et à cri pratiquement tout le temps. Sans toutefois tomber dans la publicité, l’entreprise s’appelle Ajinomoto. Elle  est une entreprise japonaise, donc quand je suis revenue, j’ai  travaillé encore avec eux. mais la différence, c’est que cette entreprise-la, elle est leader au Japon et même en Asie. Et le bouillon que fait l’entreprise, c’est du glutamate de sodium. Le nom paraît scientifique, mais c’est à base de canne à sucre. On prend de la canne à sucre, on la fait fermenter pour obtenir le Glutamate,le goût de l’Umami que les japonais ont appelé le 5eme goût. Il n’est ni sucré ni salé ni amer ni aigre, Il a un goût assez particulier et il permet d’assaisonner les sauces, de faire ressortir le goût naturel de la sauce sans forcément la saler à un certain point. Et c’est très bon et aussi bien pour la santé. Petite anecdote, c’est ce que tout le monde utilise au Japon. C’est-à-dire qu’on ne peut pas visiter le Japon, manger dans un restaurant sans en consommer. Le bouillon fait partie des spécialités culinaires du Japon, de son mode de vie et les japonais sont les personnes qui durent le plus longtemps au monde en terme de longévité. En plus cette entreprise gère les grands marchés. Donc si quelqu’un a des appréhensions sur ce met, les japonais seraient tous morts.

Mais celui-ci est forcément différent des autres bouillons que je ne connais pas qui ont souvent des additifs chimiques, sans forcément citer des entreprises.

Si on vous demandait de donner un conseil à toutes ces femmes ou jeunes filles qui restent encore collées aux poches de leurs parents, que leur diriez-vous?

Je dirais que toute femme doit être forte déjà et quand nos parents nous donnent l’opportunité c’est-à-dire payer nos études pour arriver à un certain niveau, c’est pour qu’on puisse demain pouvoir se prendre en charge. Plus vite tu te responsabilises, plus vite tes objectifs sont clairs. Quand on est jeune et qu’on va à l’école, on ne sait pas pourquoi on y va. on nous dit juste va à l’école, mais quand tu commences à grandir, tu comprends certaines choses de la vie. Tu vois que aller à l’école c’est ce qui va te permettre,demain de s'auto-suffir, te nourrir, d’assurer ton avenir. Et cela dépend du chemin de chacun. Quand tu prends le choix de vivre seule par exemple, de prendre ton indépendance loin de ta famille, tu constate avec enthousiasme que c’est le travail qui te nourrit directement. Il y a une manière de le prendre et il y a une manière de le faire. Donc ça te permet d’abord de plus te développer, d’être ambitieuse et puis de viser loin et haut. Je pense que c’est ce qu’on essaie de faire pour que nos parents soient fiers de nous. Il ne faut pas forcément être accrochée aux parents ou bien à un homme. On peut s’en sortir toute seule. on a tous la même intelligence. Il faut juste être motivée et avoir des objectifs clairs.

 

 

Yolande Jakin

Credit photo : Nina Diaby

 

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