Sexualité, comment en parler à mon ado?

Il est souvent difficile de parler sexualité avec son ado et d'aborder le délicat sujet de la "première fois" sans être intrusif. Comment faire pour que ces premiers ébats se passent sans heurts? Comment les protéger tout en les laissant libres de vivre leurs expériences?

C'est un chiffre qui n'évolue guère. Depuis des années, l'âge moyen du premier rapport sexuel stagne autour de 17 ans pour les filles et les garçons. Une moyenne qui cache néanmoins de véritables disparités. Si certains attendent la vingtaine pour leurs premiers ébats, d'autres découvrent les plaisirs de la chair dès le collège ou le lycée.  

De quoi souvent inquiéter leurs parents: sont-ils assez mûrs et sûrs d'eux pour cette première fois? Comment les aider à la vivre le plus sereinement possible? Les parents ont-ils réellement un rôle à jouer en la matière? Le point avec Nathalie Grandhomme, psycho-praticienne et sexologue.  

"On évite au maximum de parler de soi"

"Entre zéro et sept ans, les enfants découvrent leur corps, posent des questions sur la façon dont on fait les bébés, apprennent à se toucher et à s'explorer. Si la communication a été fluide à ce moment là, il ne devrait pas trop y avoir de problème de communication plus tard sur la sexualité", estime Nathalie Grandhomme.  

A l'adolescence, cela s'avère pourtant parfois compliqué. Les ados sont gênés, n'ont pas envie d'entendre leurs parents leur parler de sexe. "D'une manière générale, recommande Nathalie Grandhomme, mieux vaut ne pas trop s'impliquer dans la vie intime des ados. En tous cas, on évite au maximum de parler de soi", souligne la sexologue.  

Autrement dit, on tâche de répondre aux questions, en évoquant la façon dont peut se passer une première fois. Se référer à sa propre expérience ou raconter ses propres ressentis peut en revanche être compliqué. "Les ados n'ont pas forcément envie de savoir ce que l'on a vécu. Il peut très vite s'installer inconsciemment quelque chose d'incestueux lorsqu'une mère ou un père parle de ses propres relations sexuelles à son enfant." 

"L'idée qu'elle se sente obligée m'angoisse"

Ceci étant dit, il n'en reste pas moins que certains messages peuvent être transmis. Le plus important, insiste Nathalie Grandhomme, concerne le consentement. "Il est indispensable de marteler à sa fille mais aussi à son garçon que l'on peut dire non à tout moment, qu'il n'y a pas de point de non-retour, que l'on peut avoir dit oui pour des caresses et des préliminaires et soudain ne plus avoir envie, sentir que ce n'est pas le moment. Chacun doit pouvoir exprimer ce refus mais aussi l'entendre. Leur dire aussi que lorsque le désir et l'envie sont vraiment là, le corps s'ouvre. S'il se ferme, c'est qu'il est sans doute trop tôt." 

C'est ce que Sandra, mère d'une jeune Manon âgée de 16 ans répète à sa fille depuis que cette dernière vit sa première histoire d'amour. "Je ne sais pas vraiment où elle en est avec son copain mais je constate qu'ils se voient de plus en plus souvent."  

"L'idée qu'elle saute le pas ne me fait pas spécialement peur, je la sens très amoureuse et son copain me semble être un garçon respectueux. Mais ça ne m'empêche pas de lui rappeler régulièrement que si elle n'est pas prête elle peut refuser d'aller plus loin. Sa première fois ne me regarde pas, elle la vivra comme tout le monde, avec des ratés, sûrement. Mais l'idée qu'elle se sente obligée m'angoisse en revanche beaucoup." 

Tordre le cou aux clichés véhiculés par le porno

Il semble également très important pour Nathalie Grandhomme de tordre le cou aux idées reçues véhiculées par l'industrie du porno, concernant l'obligation de performance. "Les ados sont confrontés aujourd'hui très tôt à des images très crues. Ils regardent des films Xsur leurs téléphones et ont tedance à prendre les orgasmes à répétition et les érections interminables des acteurs pour argent comptant. De quoi les terrifier et les décevoir lors de leur première expérience", souligne Nathalie Grandhomme.  

"Il est indispensable de leur rappeler que dans 'relation sexuelle', il y a avant tout le mot 'relation'. Que faire l'amour est avant tout un échange émotionnel. On n'a pas à être dans le contrôle, dans la quête d'un idéal. En d'autres mots, il faut plaider le droit à la maladresse. Faire l'amour s'apprend. Le plaisir peut être là dès la première fois ou se faire attendre, le temps que les corps apprennent à se parler."  

Faut-il les laisser faire l'amour sous notre toit?

Quant au lieu où se déroulera la première fois, il y a souvent deux écoles. Certains parents préfèrent que ces ébats se passent en territoire "protégé" et "balisé", autrement dit, chez eux. C'est le cas de Myriam, qui se s'est sentie rassurée que "ça" se passe sous son toit. "Ma fille n'a que quinze ans, l'imaginer à l'arrière d'une voiture ou dans un squat sale, non merci."

Un point de vue que ne partage pas du tout Carole, mère d'un garçon de 16 ans et d'une fille de 17. "J'estime que je n'ai pas à être témoin, même séparée d'un mur, de ce que font mes enfants dans leur lit. Quand je ne suis pas là, ils font ce qu'ils veulent, mais en ma présence, c'est non, je trouve cela malsain. Après tout, on a tous expérimenté des lieux un peu insolites quand on était jeunes et ça ne nous a pas traumatisés!" 

"La 'première fois' ne doit pas être l'affaire de toute la famille", abonde Nathalie Grandhomme. De même, avance la psycho-praticienne, "les parents n'ont pas à demander de compte-rendu. Il faut à tout prix respecter l'intimité de l'adolescent. Ce qu'il ressent et vit ne nous regarde pas." 

La contraception, un sujet à aborder en amont

Transmettre, écouter, rassurer, mais réussir à ne pas s'immiscer, n'est pas forcément évident. Autre sujet complexe, la contraception. Mieux vaut ne pas attendre que la question se pose de manière imminente pour proposer un rendez-vous chez le gynécologue à sa fille ou chez un généraliste à son fils, si ce dernier semble inquiet ou peu informé.  

Il est en effet assez rare que nos ados nous préviennent de l'heure et la date de leur premier rapport. On peut aussi glisser des préservatifs dans leur chambre ou leur sac de colo -les camps de jeunes étant particulièrement propices aux expérimentations-, accompagnés d'une brochure explicative qui ne sera pas forcément de trop. 

Surtout, recommande Nathalie Grandhomme, "s'il y a trop de gêne de part et d'autre, on n'hésite pas à déléguer. Il est souvent plus facile pour un adolescent de s'exprimer auprès d'un tiers, médecin, thérapeute, etc. Il existe également deux sites internet supervisés par des sexologues, "Educationsexuelle.com" et "Educationsensuelle.com", qui sont de véritables mines d'information. Les questions y sont abordées de manière très directe, pédagogique et en phase avec les ados. Cela peut être d'une aide précieuse pour des adolescents inquiets à l'idée de se lancer." A noter aussi que les experts y donnent des conseils aux parents sur la façon dont il vaut mieux, ou non, parler de sexualité avec leurs enfants. 

 

Source : lexpress.fr

 

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