Polygamie : Trois femmes témoignent sur leur vie de deuxième épouse

Sanae de Rabat, Samira de Marrakech et Fatima de Casablanca sont toutes les trois la deuxième épouse d’un homme. Leurs témoignages.

Sanae a rencontré son futur époux, promoteur immobilier et parlementaire, alors qu'il était déjà marié. "En tant que musulman pratiquant, mon mari n'aurait divorcé pour rien au monde, il a donc préservé son mariage avec l'autre par conviction et aussi par amour pour ses enfants", assure-t-elle. 

Vous l'aurez compris, "l'autre" c'est la première épouse du mari de Sanae, avec qui elle n'a aucun contact. Si ce n'est pendant l'Aïd el Kebir quand les enfants de "l'autre" viennent lui rendre visite. "Ah si, une fois on s'est vues à un décès mais on s'est à peine dit bonjour" se remémore-t-elle. 

Sanae est une femme indépendante et a choisi de se marier avec un homme polygame en connaissance de cause. Elle continue de travailler dans le prêt-à-porter, de voyager, de sortir au restaurant "comme avant" précise-t-elle. 

Est-elle jalouse? "Absolument pas, il passe 5 à 6 nuits chez moi à mes côtés et n'a plus d'intimité avec son autre épouse. Il y va simplement pour rendre visite à ses enfants, un peu plus souvent ces derniers temps pour réviser le bac avec son fils" répond-elle, pas peu fière de sont statut de favorite. 

Qu'en est-il de la fratrie? Les enfants des deux foyers se fréquentent-ils? "Bien qu'il soient demi-frères et demi-soeurs, il ne se voient jamais, je n'aimerais pas qu'il s'attachent, nous sommes deux familles distinctes".

Mariage de raison vs. mariage d'amour

Samira travaillait pour sa part dans le tourisme au sein d'une agence de voyage avant d'étendre son activité de traiteur un peu partout au Maroc. Elle a cinq filles avec son mari. "Il n'a pas divorcé pour des raisons d'argent, il dépend financièrement de sa femme". En secondes noces, ce président de commune épouse Samira, un mariage d'amour donc, qui vient se greffer à un mariage de raison. 

Mais le cas de Samira, qui semble accepter la polygamie de son mari, ne reflète pas la réalité des femmes souvent contraintes à accepter de partager leur mari avec une autre épouse, parce qu'elles sont incapables de subvenir à leurs besoins. C’est le cas de Fatima, mariée à l'âge de 19 ans jusqu'à 29 ans. Elle s'est battue pendant des années pour divorcer et a fini par avoir gain de cause. Au début, elle ne soupçonnait rien de la double vie que menait son mari. Ce n'est que lorsqu'elle est devenue "âaroussa" (l'épouse) qu'elle a appris l'existence de "l'autre femme" et...leurs enfants. 

"Je me suis sentie trahie et prise pour une idiote. Il m'avait menti!". Hors de question pour elle de vivre ce ménage à trois. "Bien sûr, j'étais sa préférée, il a essayé de me manipuler en me disant qu'il allait divorcer". Sa femme et ses enfants ont quitté un temps le foyer mais sont vite revenus, à cause de ses enfants qui l'auraient réclamé. Je n'ai pas voulu céder, j'ai pris mes affaires et fait en sorte de divorcer en bonne et due forme".

Toutes les femmes mariées à des polygames qui sollicitent de l’aide juridique ou psychologique vivent mal leur statut, selon plusieurs membres d’associations féminines. "C'est d'une violence extrême de devoir partager son mari avec une autre femme" commente Malika Jghima, directrice de l'ADFM (association démocratique des femmes du Maroc) de Casablanca. Ce n'est pas seulement la femme qui se trouve blessée dans cette configuration triangulaire mais les enfants d'un bord comme de l'autre aussi. 

"Dans une famille classique, il y a des rivalités entre frères et soeurs, je vous laisse imaginer les situations explosives que peut engendrer la polygamie au sein d'un foyer avec la crainte de la favorite, des enfants favoris etc. Ce sont les fondamentaux de la famille que la polygamie attaque", poursuit-elle.

La loi stipule que l'accord de la première femme est une condition sinequanone pour que le deuxième mariage soit consommé aux yeux de la loi. Mais ce n’est pas toujours le cas. "Dans les faits, il y a plusieurs façons pour les époux de contourner la loi ou de l'instrumentaliser à ses fins" explique Saida Idrissi, vice-présidente de l'ADFM et responsable du centre d'écoute d'Anarouz. Par exemple, les femmes qui vont voir le juge pour exprimer leur opposition à la polygamie de leur mari font souvent marche arrière lorsqu'on leur propose la procédure de "shikak" (discorde, ndlr) qui mène au divorce. 

L'article 16 du Code de la famille est souvent un moyen légal utilisé comme un recours par des maris pour se marier une deuxième, voire une troisième fois. Il s'agit de documenter un mariage pour la reconnaissance d'un enfant.

 

Source : Autre presse

Photo d'illustration

 

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