Saignements durant la grossesse : faut-il s’inquiéter et que faire?

Les saignements durant la grossesse sont le cauchemar des futures mamans, et un quart d’entre elles en feront l’expérience. La situation est préoccupante, mais il n’y a pas toujours lieu de s’alarmer, nous rassure le Dr Fabien Simard, obstétricien-gynécologue. Ses conseils.

«Les saignements durant la grossesse ne sont jamais normaux, mais ils ne sont pas toujours préoccupants», explique le Dr Simard. Tout dépend de la durée du saignement, de la quantité de sang perdue, de sa couleur, du stade de la grossesse et des symptômes qui l'accompagnent.

Saignements en début de grossesse: des causes possibles

Durant le premier trimestre, les pertes sanguines sont assez fréquentes. La paroi de l'utérus étant fragilisée par la grossesse, des saignements bénins peuvent survenir à la suite d'un toucher vaginal, d'un rapport sexuel ou à cause d'un polype (une tumeur bénigne) ou d'un ectropion (une saillie de la muqueuse utérine).

Une dizaine de jours après la fécondation (ce qui correspond à la période menstruelle manquée), l'implantation de l'embryon dans l'utérus provoque de légers saignements. Ce phénomène, appelé nidation, n'est généralement pas inquiétant.

On parle de risque de fausse-couche en présence de pertes sanguines légères lorsqu'il est établi que la grossesse est bien intra-utérine, que le col de l'utérus est fermé et que le bébé a une bonne activité cardiaque. Les statistiques dans ce cas sont rassurantes: il y aurait alors de 90 à 96 % des chances que la grossesse soit menée à terme.

Certaines conditions sont pourtant plus graves et nécessitent une intervention médicale:

- La grossesse extra-utérine. Aussi appelée grossesse ectopique, elle occasionne des saignements peu abondants, mais s'accompagne de douleurs au bas-ventre. Elle nécessite une intervention d'urgence pour mettre fin à la grossesse, car la santé de la mère est menacée.

- La fausse-couche. Environ 25% des saignements en début de grossesse se concluent par une fausse-couche (aussi appelée avortement spontané). Jusqu'à quatre semaines de grossesse, aucune intervention n'est généralement requise puisque l'utérus expulse naturellement l'œuf. On doit cependant consulter rapidement si la grossesse est plus avancée, que les saignements sont abondants et accompagnés de caillots ou de douleurs importantes. Lors d'une fausse-couche, un médicament est parfois prescrit pour faciliter l'expulsion des tissus fœtaux. S'ils ne s'évacuent pas de façon naturelle, un curetage et une dilatation seront effectués.

Saignements au 2e et au 3e trimestres

Pendant les 2e et 3e trimestres, moins de 5 % des femmes auront des saignements. Ceux-ci révèlent des conditions souvent plus dangereuses pour la santé de la mère et de son enfant, nécessitant des consultations en urgence. Une surveillance médicale accrue et, souvent même, l'alitement et l'hospitalisation de la mère jusqu'à son accouchement seront privilégiés dans plusieurs cas, dont:

- Un placenta praevia. Des saignements indolores sont parfois causés par un placenta qui recouvre en partie ou totalement le col de l'utérus, des localisations anormales. De nombreuses complications sont alors possibles chez le bébé (anémie fœtale, détresse fœtale, retard de croissance) et la mère (infection, formation de caillots, hémorragie sévère). C'est pourquoi une césarienne avant terme est souvent effectuée.

- Un décollement placentaire. Le décollement du placenta peut survenir lors d'un accident, d'une chute, d'un coup porté au ventre, mais aussi à cause d'une hypertension, d'un diabète, d'un antécédent de décollement placentaire, d'une grossesse multiple ou chez une femme qui a vécu plusieurs grossesses. Un décollement partiel justifie un suivi médical plus serré, mais la grossesse pourra être menée à terme. Par contre, le décollement prématuré du placenta (ou hématome rétroplacentaire) se manifeste par une douleur abdominale subite et persistante, parfois accompagnée de saignements noirâtres et de contractions utérines pouvant déclencher le travail avant terme. Cela peut causer une détresse fœtale aiguë et une hémorragie sévère chez la mère. On pratique alors une césarienne d'urgence.

D'autres causes, moins fréquentes, peuvent également expliquer les saignements qui surviennent durant une grossesse, comme un fibrome (tumeur bénigne), une infection du col de l'utérus, un traumatisme abdominal ainsi que l'expulsion d'un œuf jumeau. Pour cette raison, on évite tout autodiagnostic.

«Si les écoulements sont légers, indolores et qu'ils cessent, on peut attendre son prochain rendez-vous de suivi de grossesse avant d'en faire état. Par contre, si les pertes sont abondantes (elles remplissent deux serviettes hygiéniques en une heure) et qu'elles sont accompagnées de douleurs abdominales, il vaut mieux se rendre à l'hôpital sans tarder», conseille Dr Simard. En cas de doute, la ligne Info-Santé (811) peut également écouter et conseiller la future maman.

 

Source : coupdepouce.com